Tendances déco, tendances perso ?

Tendances déco, tendances perso ?

Notre intérieur, reflet parfait des pages de magazine déco ? Bien au contraire ! Mélanges, personnalisation et déco home made sont les nouvelles tendances dans l’habitat. À bas l’uniformisation, place à la customisation… Voire à de nouvelles habitudes de consommation ?

Tous apprentis décorateurs ?
Émissions de télévision, presse spécialisée, livres pratiques, sites Web, blogs... la décoration d’intérieur est dans tous les médias ! Il n’a jamais été si facile de s’informer des dernières tendances. Car on ne parle plus de « la » tendance du moment, mais « des » tendances. À l’image de ce qui se passe dans la mode, d’ailleurs, où le long cohabite avec le court, le large avec le slim. En décoration, votre intérieur sera tout autant dans l’air du temps si vous aimez les ambiances minimalistes aux tonalités pâles que si vous optez pour un univers pop et coloré. Chacun est parfaitement libre de piocher (dans tout ou partie) du style qui lui plaît. C’est la grande liberté déco du XXIe siècle : oser des mélanges de genres et d’associations qui, hier, en auraient effrayé plus d’un.

Un exemple ? Le rouge et le rose, le noir et le bleu marine, autant d’associations qui auraient fait frémir nos parents mais qui sont aujourd’hui rendues possibles par des jeux de matière et de lumières.

À vous de jouer
Être votre propre coach déco vous tente ? N’hésitez pas... et copiez les astuces des professionnels de la déco. Leurs méthodes ? D’abord, étudier la taille de la pièce que l’on souhaite décorer (vidée, si possible, de ses meubles). Puis lister et repenser les  zones à créer. « Dans une pièce à vivre, on va réfléchir en fonction des moments de la journée et organiser un coin fonctionnel pour le repas, un coin plus calme pour la lecture... », propose François Bernard, fondateur de l’agence de style Croisements et consultant Leroy Merlin. De la même façon, étudier la luminosité de la pièce, pour choisir entre baies vitrées ou petites fenêtres, va aider ensuite à décider du nombre et de l’emplacement des suspensions, lampes à poser, lampadaires… Il faut se souvenir de certaines règles, comme le fait que « il est important d’utiliser la couleur dans une pièce sombre pour lui apporter de la chaleur. Contrairement à ce que l’on pense, des murs blancs n’éclairent pas », remarque François Bernard.
 
Question déco « légère », une seule priorité : respecter sa personnalité. Une fois de plus, comme pour un vêtement, notre intérieur « s’habille » de façon à ce qu’il reflète qui nous sommes. Créer son propre style en changeant sans changer, c’est la nouvelle façon de faire. La maison tourne à deux vitesses : le pérenne et l’éphémère.


« C’est moi qui l’ai fait ! »
Durable ou temporaire, l’appropriation de la décoration d’intérieur passe par le succès du DIY : Do It Yourself, le « faire soi-même ». Et pas besoin d’être un expert du bricolage ou de la couture pour se lancer : le simple fait de choisir de ne tapisser qu’un mur d’une pièce et de peindre les autres est déjà une forme de DIY, car cela personnalise votre intérieur.

Le principe n’est, certes, pas nouveau. Il remonte même à la fin des années soixante quand, aux États-Unis, paraît dans une communauté hippie le Whole Earth Catalog (le WEC, pour les initiés). « Sans le savoir, ce journal préfigurait l'ère d'Internet. Catalogue pratique d'informations et de conseils pour tout faire soi-même au meilleur prix, le WEC va même s'étoffer au point de compter 448 pages en 1972. Cette date fut également sa dernière année, avec un million d'exemplaires vendus », rapporte le sociologue Éric Donfu dans un article du Monde daté du 19 novembre 2013.

Le DIY se renouvelle et se réinvente (voir notre Dossier « Faire soi-même, une belle aventure collective »), porté aussi par le recyclage (Upcycling) : transformer une bouteille d’eau minérale en vase suspendu, ou une bonbonne de gaz fendue dans sa largeur en abat-jour industriel… Tout peut être utilisé ! De la même façon, le PIY – Produce It Yourself –, soutenu par l’impression 3D, ouvre de nouveaux horizons. Il permet à chacun de produire à une plus grande échelle ses propres créations. Au final, les différents versants de la tendance DIY concrétisent ce mouvement « de la personnalisation », pour en faire un véritable mouvement « maker » (faiseur).

Cette année, les amateurs se retrouveront d’ailleurs au Salon Créations & savoir-faire à Paris, Porte de Versailles où, du 16 au 20 novembre 2016, se tiendra la vingtième édition de ce rendez-vous. Un bel anniversaire qui montre tout le dynamisme des arts créatifs. Plus d’une centaine d’ateliers seront proposés aux visiteurs, autour de plusieurs thématiques : déco, scrapbooking, brico et design...
Un exemple d’Upcycling, réaliser une lampe avec d’anciennes caisses en bois.
Au salon du DIY (Créations & savoir-faire), en 2015 : de nombreux ateliers sont proposés...
...mais aussi des expositions de design et décoration DIY.
La personnalisation, une façon de reprendre sa vie en main ?
L’envie de s’investir personnellement pour réinventer son intérieur – et dans la lignée le DIY - aurait une vertu plus que positive : nous donner confiance en nous valorisant. « La customisation l’emporte sur l’uniformisation induite par la mondialisation et le nombre croissant d’individus. C’est à la fois la réassurance du fait-maison et la fierté du “c’est moi qui l’ai fait” », analyse Pascale Brousse, du bureau de tendances Trend Sourcing. S’investir avec ses dix doigts s’apparenterait à une façon de (re)prendre sa vie en main, sur un chemin vers la liberté, dans la mesure où créer, faire soi-même, permet de ne pas (toujours) dépendre des autres. Une sorte de système D collectif, qui va de la déco à la cuisine (en passant par l’automédication) et qui épouse le tout-numérique comme la vente directe du producteur au consommateur. Serait-on à l’aube d’un autre système de société, dont le DIY serait l’un des vecteurs ?